..Memento Mori..
On dit que dans la Rome antique, la phrase était répétée par un esclave au général romain lors de la cérémonie du triomphe dans les rues de Rome. Debout derrière le général victorieux, un serviteur devait lui rappeler que, malgré son succès d'aujourd'hui, le lendemain était un autre jour. Le serviteur le faisait en répétant au général qu'il devait se souvenir qu'il était mortel, c'est-à-dire « Memento mori ». Il est pourtant plus probable que le serviteur disait « Respice post te! Hominem te esse memento! » (« Regarde autour de toi, et souviens toi que tu n'es qu'un homme ! »), comme l'a écrit Tertullien au chapitre 33 de son Apologétique. Le genre a été peu utilisé au cours de l'Antiquité classique. Le memento mori mettait alors surtout en avant le thème du carpe diem, « cueille le jour » (Odes d'Horace, I,11), qui comportait le conseil de « manger, boire, et être joyeux, car nous mourrons demain ». L'origine chrétienne de cette citation est Isaïe 22:13, : « Qu'on mange et qu'on boive, car demain nous mourrons ! » Mais l'idée apparaît en dehors de la Bible : dans les Odes d'Horace, avec la célèbre locution Nunc est bibendum, nunc pede libero pulsanda tellus (« Maintenant il faut boire, maintenant il faut frapper la terre d'un pied léger »). Horace poursuit en expliquant qu'il faut le faire maintenant parce qu'il n'y aura ni boisson ni danse dans la vie éternelle après la mort. C'est le thème classique du carpe diem.
..Carpe Diem..
Littéralement, cette phrase signifie « Cueille le jour présent et sois le moins confiant possible en l'avenir ». Elle est tirée de vers latins du poète Horace, intéressé par l'épicurisme et le stoïcisme (dans ses Odes, I, 11, 8 « À Leuconoé »). Elle résume le poème qui le précède et dans lequel Horace cherche à persuader Leuconoé de profiter du moment présent et d'en tirer tous les bénéfices, sans s'inquiéter ni du jour ni de l'heure de sa mort. Rendu célèbre auprès du grand public depuis l'Antiquité, l'extrait Carpe diem fait l'objet d'une mauvaise interprétation : traduit par « Profite du jour présent » (alors que les deux mots signifient « cueille le jour »), et compris comme une incitation à l'hédonisme le plus fort, peut-être le plus aveugle, il perd tout rapport avec le texte original, qui au contraire, incite à bien savourer le présent (sans toutefois récuser toute discipline de vie) dans l'idée que le futur est incertain et que tout est appelé à disparaître. C'est donc un hédonisme d'ascèse, une recherche de plaisir ordonnée, raisonnée, qui doit éviter tout déplaisir et toute suprématie du plaisir. C'est un hédonisme a minima : c'est un épicurisme (Horace faisait partie de ces épicuriens de l'ère romaine).
..vanitas vanitatum omnia vanitas..
vanité des vanités, tout est vanité. Le message est de méditer sur l'inutilité des plaisirs du monde face à la mort qui guette. C'est en même temps un élément essentiel à l'émergence de la nature morte en tant que genre. Si la nature morte existe pendant la Grèce (rhopographie) et la Rome antiques (mosaïques de Pompéi), elle disparaît pendant un millénaire de la représentation picturale car l'art byzantin ne l'utilise pas. Si les objets au Moyen Âge peuvent figurer dans la peinture traditionnelle (groupe, situation...), c'est parce qu'ils ont un sens. Dans les vanités, les objets représentés sont tous symboliques de la fragilité et de la brièveté de la vie, du temps qui passe, de la mort. Parmi tous ces objets symboliques, le crâne humain, symbole de la mort, est l'un des plus courants. On retrouve ce memento mori (souviens-toi que tu vas mourir) dans les symboles des activités humaines : savoir, science, richesse, plaisirs, beauté... Les vanités dénoncent la relativité de la connaissance et la vanité du genre humain soumis à la fuite du temps, à la mort. La Renaissance et son humanisme continuera la représentation de la vanité jusque dans les cabinets intimes des hommes lettrés et puissants (studiolo du duc de Montefeltro, de Gubbio, celui de François Ier de Médicis au palazzo Vecchio...) La nature morte n'apparaît comme genre qu'au XVIIe siècle, la vanité s'installe dans les tableaux moralisés devenus nécessaires à la dévotion de l'Europe sous des formes et avec des intentions différentes au nord et au sud, pour les catholiques et pour les protestants. Le temps et la mort ne cessent de vouloir être captés par les artistes. On retrouve à travers cette volonté de capter l'insaisissable, la liaison entre les vanités classiques et contemporaines.
..Sophia..
Chez les philosophes grecs ou dans la tradition orientale, la sagesse (« sophia » en grec) est l'idéal de la vie humaine. Il peut se définir comme un état de réalisation qui s'appuie sur une connaissance de soi et du monde, s'accompagne d'un bonheur suprême et correspond à l'état de perfection le plus élevé que puisse atteindre l'humain et son esprit. La sagesse est le "savoir être heureux" ou encore la science du bonheur. Plusieurs chemins sont possibles. La sagesse tragique de l'obscur Héraclite propose des aphorismes qui mettent en lumière le perpétuel mouvement des choses, changement qui nous force à rechercher les solutions adaptatives les meilleures et auquel on doit s'acclimater (« Tu ne te baigneras pas deux fois dans le même fleuve »)par une connaissance de la raison des choses : "la sagesse consiste en une seule chose : connaître le logos qui agit toujours et partout." A la suite de Socrate, modèle de la sagesse antique, les Stoïciens et les Epicuriens définissent la sagesse comme la maîtrise des désirs par la raison et la connaissance de ce qui est de notre ressort et de ce qui ne l'est pas. Les Sophistes évoquent la relativité de la vérité qui s'élabore dans le discours, dans le débat agonistique, dans le maniement de la rhétorique, de la logique et de la résolution des contradictions. Chez les Académiciens, il s'agit de rechercher le Souverain Bien et Aristote propose avec prudence les activités contemplatives et théorétiques pour y arriver. Socrate prône la cogitation, l'humilité, l'acceptation de son ignorance et le respect absolu des lois de la cité, en l'occurrence : Athènes. Pré-socratique, Parménide examine dans un poème les chemins de l'être, celui du non-être et la possibilité d'un troisième chemin. Les Cyniques insistent sur la notion de joie individuelle, d'ascèse et de liberté (« Ôte-toi de mon soleil » disait ainsi à Alexandre le Grand le philososphe cynique Diogène de Sinope).